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Pauvreté, contrôle social et (dé)stigmatisation - tome 2
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elon l’avis et le rapport du CES, « la grande précarité est un obstacle aux droits de
l’homme car à travers l’irrespect des droits fondamentaux, il est porté atteinte au droit
de vivre dans la dignité ». Ainsi, Danielle BILLY-ROUIS spécialiste française en Santé
publique) pointe dans un article une série de droits fondamentaux qui se révèlent, si pas
sciemment bafoués, tout au moins fortement écornés par le regard « bienveillant » des
professionnels porté sur la personne, ses ressources et son mode de (sur)vie. Elle relève
entre autres différentes répercussions négatives concernant :
La dignité de la personne et ses droits élémentaires : le respect de la famille dépend des
qualités attribuées aux parents par les services sociaux, administratifs et judiciaires.
Plus les familles sont pauvres, moins elles ont la possibilité de se défendre, souvent « elles
sont livrées à bien des abus de pouvoir de la part d’autorités, même parfois à un niveau
administratif très modeste ». Les souffrances physiques et morales qui en découlent
menacent l’intégrité familiale, leur volonté d’assumer leurs responsabilités éducatives et
leur liberté de conscience.
Le droit à l’habitat et à un minimum de mobilier : les variations et faiblesses de
ressources peuvent être à l’origine d’une exclusion du parc social ou privé. Ces populations
connaissent l’expulsion, les logements de fortune, voire l’errance. Les saisies peuvent
conduire à la dépossession de biens nécessaires à la vie et au travail.
Les libertés civiles et politiques : le domicile contribue à définir une personne au regard
de ses droits et obligations : communication des décisions administratives, judiciaires,
droit au travail, à la scolarisation et à la vie associative.
« Ces atteintes aux droits et libertés élémentaires de l’individu portent préjudice à
l’intégrité familiale et favorisent sa dégradation », avec en corollaire l’éclatement de la
sphère intime. La vie privée de ces familles « dysfonctionnantes », « à la marge » est étalée
aux yeux des intervenants et se transforme dès lors en un espace public, un champ
d’investigation parcouru par tous ceux qui sont venus voir, s’informer, observer,
enquêter, évaluer (…) et donc… juger.
Or, agir dans une logique de promotion de la santé n’est-ce pas contribuer à avoir un
impact positif sur l’estime de soi des personnes reconnues aussi pour leurs compétences ?
orter un autre regard, tenter le « désétiquettage », la déstigmatisation, accompagner
des personnes dans leur histoire plutôt que se centrer sur des « problèmes », oser une
globalité plutôt qu’un morcellement… tel est le pari dont témoignent des professionnels
dans ce numéro.
e premier article propose de déplacer le regard porté sur la désinsertion sociale, ne plus
laisser entendre qu’elle est seulement le fait d’individus incapables ou malades mais
prendre en compte qu’elle peut aussi être le produit d’une certaine organisation du social.
erge Zombek, co-président du SMES-B tente la passerelle entre les deux secteurs d’intervention (et de compétences politique et budgétaire différentes) que sont l’aide
sociale aux plus démunis et la santé mentale. Et ce, afin de réduire l’injustice sociale
majeure que constitue la difficulté, voire l’impossibilité d’accéder à des soins adaptés
pour ces personnes cumulant les étiquettes « sans abri malades mentaux ».