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Parents usagers : enfants en danger ?
Entre 1992 et 2008, la proportion de résidents de Trempoline ayant un ou plusieurs enfants s’est accrue de 15 % à 55 %. Ces chiffres interpellent. D’autant plus que c’est précisément dans la première moitié des années nonante que plusieurs initiatives d’aide spécifique destinée aux parents usagers de drogues ont vu le jour. S’agit-il d’une évolution du public ou de celle du regard que les intervenants portent sur ces usagers de drogues dont on a découvert qu’ils sont aussi parents ?
Ce numéro des Cahiers de Prospective Jeunesse propose d’explorer cette question. Dans le texte qui le clos, Hugues Martens et Florence Beuken formulent l’hypothèse d’un effet inattendu de la diffusion des traitements à la méthadone pour les héroïnomanes. Les aménorrhées disparaissent, les couples se stabilisent et les enfants surviennent. Isabelle Meurisse et Marie-Paule Giot animent depuis plus de dix ans un atelier “Parentalité/usages de drogues” à Charleroi. Elles nous relatent un élargissement sensible des préoccupations des professionnels qui y participent à la crise et au désarroi que vivent les parents en général et s’interrogent : Les parents usagers de drogues seraient-ils dès lors envisagés et approchés comme le sont les “autres” parents ?
Des parents comme les autres ?
L’inquiétude principale des mères que rencontre et accompagne le service dirigé par Myriam Landi à La Louvière est de garder ou de récupérer leur rôle de mère. S’adresser à un service d’aide comporte un risque pour les parents usagers. D’autant plus qu’ils s’y sentent encore souvent discriminés et jugés. Ils ont le sentiment que les professionnels n’ont pas de considération pour eux, et surtout pour leur rôle et leur identité de parents. Par ailleurs, ils rencontrent des professionnels qui paniquent face à la question des usages de psychotropes, d’autant plus quand la santé ou la protection d’un enfant leur semble en jeu.
Or, ces parents ont besoin de pouvoir parler librement de leur consommation, sans craindre de voir leur capacité parentale mise en doute et d’un regard plus positif des professionnels reconnaissant (également) leurs ressources.
L’initiative d’Interstices et d’Infor-Drogues auprès des travailleuses médico-sociales de l’ONE que nous relate Pascale Anceau vise précisément à aider ces professionnelles qui accueillent des parents consommateurs, c’est-à-diret reconnaître leur compétence parentale alors que leurs usages de drogues heurtent de front l’image qu’elles se sont construites d’un bon parent, d’une bonne mère.
Des enfants pas si différents des autres
Il reste que l’usage d’alcool ou d’autres drogues n’est pas sans conséquence sur le devenir des enfants. Marie-Line Foisy montre ainsi, de manière nuancée, que s’il existe une corrélation entre l’alcoolisme de parents et des troubles chez leurs enfants, le différentiel est léger et n’atteint pas de seuil pathologique. Il semble que certains troubles ne soient pas le seul fait de l’alcoolisme parental et que l’alcoolisme parental est une problématique rarement isolée. En 2002, Interstices a obtenu des résultats semblables auprès d’enfants d’usagers. Là, si les enfants n’obtiennent pas de résultats significativement inférieurs aux moyennes, ils présentent des signes préoccupants au niveau de leurs comportements. Là aussi l’environnement dans lequel vivent ces enfants apparaît comme un facteur de leur évolution aussi, voire davantage, déterminant que l’usage de psychotropes par les parents.