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N°48 L’amour : à la fois risque et ressource

Edito : L’amour, un enjeu au cœur du social

Parfois l’amour grise, porte et permet de transporter des montagnes ; de traverser des épreuves aussi. D’autres fois, il fait perdre toute notion de la réalité et conduit à faire des choix, à s’engouffrer dans des chemins dangereux. La rupture, l’absence d’amour ou l’impossibilité de construire des relations amoureuses peut être source de telles souffrances qu’elles amènent à chercher soulagement ou refuge à n’importe quel prix.

La dépendance amoureuse et les sexualités compulsives font depuis longtemps parties du champ d’investigations des spécialistes des addictions. Pourtant c’est le caractère ambivalent de l’amour qui a suscité l’initiative du dossier qui compose ce numéro des Cahiers de Prospective Jeunesse.

En effet, lorsque se pose la question de ce qui fait prévention, deux stratégies complémentaires émergent. La première consiste à limiter, éliminer les sources de dangers, les risques. La seconde vise à renforcer les ressources des personnes de manière à ce que, confrontées à une situation difficile, elles fassent les choix les meilleurs considérant leurs besoins, leurs valeurs, leur contexte de vie.

Dans le domaine affectif et sexuel, le défi vient de la superposition des deux aspects. Alain Cherbonnier nous montre, par exemple, comment l’évolution de l’éducation affective et sexuelle au cours des cinquante dernières années a donné de plus en plus de place à une limitation des risques. L’apparition du SIDA dans les années 80, les scandales pédophiles des années 90 et désormais l’explosion d’Internet et son lot d’images pornographiques ont déteint de manière décisive sur ses pratiques. Pourtant, nous dit-il, “il faudrait penser autrement qu’en termes de prévention et de risque : en termes de sens, c’est-à-dire en termes éthiques... Mais notre société est-elle encore capable de se poser des questions collectives autrement qu’en termes de gestion, d’efficacité et de profit ?

Pascale Jamoulle et Didier Robin placent d’emblée leur propos au niveau sociétal. Leurs pratiques de terrains très différents les conduisent à interroger le modèle hyperconcurrentiel et individualiste qui est proposé à nos contemporains, qui s’impose et marque leur capacité à nouer et dénouer des relations amoureuses. Le surinvestissement du corps, les rapports de domination/soumission, la marchandisation des relations, les situations d’inhumanité dans lesquelles les plus fragiles sont plongés, la multiplication des personnes souffrant de délire… sont autant de traits de notre société qui transparaissent de l’exploration de l’intime entamée par la première. Elle est rejointe par le second lorsqu’il montre que les processus d’attachement et de détachement qui, s’ils constituent un invariant de l’humanité, sont fragilisés par l’idéologie d’une liberté exacerbée. Selon lui, “la force créatrice du lien repose sur une sorte de trépied. Etre en lien avec l’autre, l’aimer et être aimé par lui ne peut suffire. Il faut aussi, comme en amont, pouvoir s’appuyer sur une base de sécurité narcissique et, comme en aval, être relié plus largement à l’humanité par le biais de symboles et d’idéaux”.

Si l’amour est fait de sexe et d’(inter)dépendance, il interroge aussi notre capacité à construire des liens, ces fils qui nous relient aux autres et nous rendent plus forts pour être au monde.

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