print

N°33 Promotion de la santé et réduction des risques : la question du tabac... toujours avec filtre ?

Après un long temps de focalisation sur les drogues illicites, des discours alarmistes se développent sur des produits jusque là plus ou moins épargnés par la diabolisation. Ainsi en est-il du tabac ! Pourtant, tout en sachant que le caractère licite ou illicite d’un produit n’est pas la conséquence directe de son degré de dangerosité, n’est-on pas en train de refaire le même chemin semé d’embûches, d’exclusion et de moralisme par rapport à ce produit légal qu’est le tabac, que, par rapport à ce que jusqu’il y a peu, on considérait comme les “seules” drogues ? Va-t-on répéter les mêmes stratégies et discours préventifs visant uniquement l’abstinence comme seule voie de salut sans prendre en compte les échecs de la “guerre à la drogue” et de la prohibition de l’alcool ? La société actuelle titube, voire s’écartèle, se déchire entre deux modèles, un modèle humaniste, la promotion de la santé et la réduction des risques et un modèle totalitaire, surprotecteur, le “tout à l’abstinence”. L’un, centré sur la complexité, vise la responsabilisation, l’émancipation de l’individu, l’autre vise au contrôle total des déviances pour imposer la bonne voie et formater les individus selon une idéologie linéaire. ien que de plus en plus de gouvernements occidentaux s’accordent à poursuivre une politique sanitaire de réduction des risques en matière de psychotropes illicites, cette dernière n’en reste pas moins arrimée à l’impératif de la norme de l’abstinence contrôlée ou de la substitution psychomédicalement assistée. Pour le tabac, on occulte même cette possibilité de réduire les risques liés à l’usage que l’on concède à l’héroïne, par exemple. Les axes préventifs restent donc trop souvent centrés sur la réduction de la demande, et ce, même si l’on sait que la diminution globale de consommation d’un produit au niveau d’une communauté ne signifie pas la diminution des méfaits liés à cet usage, et les méthodes préconisées relèvent beaucoup de stratégies comportementales de l’évitement par la peur et la fascination de l’interdit, avec leurs effets contre-productifs bien connus. a promotion de la santé repose sur une conception globale, dynamique et positive de la santé et vise à augmenter chez l’individu et la collectivité le pouvoir d’agir sur leur santé. La réduction des risques est une philosophie de l’action éducative et sanitaire sans préjugé moral ni étiquetage psychiatrique. Elle part du constat que l’éradication des comportements à risques est irréalisable. Vouloir bannir de la société toutes les conduites à risques par l’interdit et l’exclusion, promettre une société assurant la sécurité absolue dans tous les domaines est un rêve totalitaire. Ainsi, cette approche “Promotion de la Santé” se fonde sur un questionnement éthique et non sur une vision moralisatrice, elle vise à restaurer, pour l’individu, des possibilités de choix concernant son bien-être et ses relations “harmonieuses” avec les autres dans la cité. ’usage de drogues (et donc du tabac) ne peut être interprété uniquement comme un acte mettant la santé en danger. A cet égard, une étude met en avant que la consommation de drogues n’est pas un facteur pertinent pour apprécier l’équilibre (physique, mental, social) ou la vulnérabilité d’un jeune. C’est la qualité des relations avec les parents et avec le groupe d’amis qui est décisive, qu’il y ait ou non usage de substances psychoactives. Il est donc nécessaire de disposer de suffisamment d’informations avant de conclure à un usage abusif de drogues. Il est bien entendu impossible d’agir sur l’ensemble de ces facteurs, mais il est souhaitable que tous les acteurs concernés puissent agir à leur niveau si l’on vise une prévention globale et cohérente. ourtant, quand un phénomène est pointé comme un problème de société, il importe de se pencher sur la complexité de ce phénomène. Ainsi, plutôt que de mettre uniquement l’accent sur le produit et sa dangerosité, il importe de se pencher sur les usages que les personnes font du produit, car ce qui peut faire problème ce n’est pas le produit lui-même mais la manière dont on en use. Chaque usage est particulier et il existe une pluralité d’usages : occasionnel, récréatif, modéré, traditionnel, problématique et chaque usage répond à des motivations particulières.

PDF - 554.2 ko
cpj33-edito