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n°57 L’école des ressources

Depuis les écrits de Pierre Bourdieu, très peu sont ceux qui contestent le fait que l’école participe à la reproduction sociale, qu’elle compte même parmi ses instruments privilégiés. Rien de nouveau sous le soleil, l’école légitime, conforte et reproduit les inégalités sociales plus qu’elle ne les efface. Si l’on en croit les résultats de la dernière enquête PISA *, c’est d’autant plus vrai en Communauté française, championne du monde du système éducatif où l’influence de l’origine sociale sur les performances des élèves est la plus forte. Est-ce à dire que le décret Mission où l’on apprend que l’école doit « assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale », « préparer tous les élèves à être des citoyens responsables » et « amener tous les élèves à s’approprier des savoirs et à acquérir des compétences qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle », n’est qu’un voeux pieux ? On peut raisonnablement le penser. À l’heure du néolibéralisme sécuritaire où, pour reprendre les mots du sociologue Robert Castel, les « inutiles au monde » sont tous les jours plus nombreux, l’école peine à remplir le rôle qui, originellement, lui incombe : façonner l’utilité des populations en vue leur adaptation positive et disciplinée à l’ordre socio-économique, c’est-à-dire fabriquer des citoyens responsables, selon les belles âmes de la politique. Pourtant, elle n’en est pas moins investie, voire surinvestie de missions, notamment en termes de prévention.