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Herbier ethnobotanique

Psychotropes et cultures : usages et traditions

A titre d’exemples anthropologiques et ethnologiques, nous vous présentons certaines drogues traditionnelles dont l’usage médico-religieux - qui remonte à la nuit des temps - est attesté par la tradition orale, mais aussi dans des ouvrages philosophiques et religieux.

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Amanita Muscaria
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Peganum

Dans l’Atharva Véda et le Rigveda, textes sacrés de l’hindouisme, les auteurs font très souvent référence à la consommation de chanvre mais aussi de soma, substance considérée comme sacrée provenant probablement d’un champignon hallucinogène, l’Amanite muscaria (plus connue sous le nom d’amanite tue-mouche) ou encore de l’Harmala, une fleur du plateau iranien encore utilisée dans cette région pour ses vertus thérapeutiques. Selon les textes sanskrits, le Soma permet de connaître la sagesse divine et donne l’accès au savoir absolu lors de rites chamaniques.

Sur le millier d’hymnes sacrés que comporte le Rigveda, cent vingt sont exclusivement consacrés au soma.

Toujours en Inde, on trouve un petit arbuste à fleurs roses ou blanches, le Rauwolfia serpentia dont la racine a des propriétés sédatives et hypotensives. La racine de Rauwolfia fait partie de la pharmacopée familiale en Inde mais elle est également consommée à des fins religieuses car elle permet la contemplation et facilite l’accès au nirvâna. En 1952 , le monde occidental parviendra à extraire du Rauwolfia la réserpine, son principal principe actif, pour en faire le premier neuroleptique naturel. Aujourd’hui, cette plante est encore la source de nombreux médicaments utilisés en psychiatrie.

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Tabernanthe Iboga
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Virola

En Afrique (Gabon et Congo), on trouve l’iboga, plante hallucinogène contenant un principe actif, l’ibogaïne, proche du LSD 25 et dont la consommation est liée à des cérémonies initiatiques et à un culte qui contribue encore puissamment à la résistance indigène devant la pénétration chrétienne et islamique. L’iboga est utilisé comme hallucinogène dans un contexte religieux, particulièrement dans le culte bwiti. Il sert à interroger les ancêtres et le monde des esprits, permettant par là d’assumer mieux la mort.

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Lophophora Williamssi
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Anadenanthera

Dans de nombreuses sociétés d’origine indienne d’Amérique latine, il est de tradition de consommer rituellement et à des fins initiatiques des substances hallucinogènes pour entrer en communication avec l’Autre monde, siège de la sagesse et de la vérité, peuplé par les dieux, les totems et les morts. C’est le cas de la mescaline, principe actif du Peyotl, cactus consommé au Mexique par les Indiens Huicholes, mais aussi de l’Epéna, poudre hallucinogène préparée à partir d’un arbre, le Virola, et consommée par les chamans brésiliens waika.

Toutefois, on retiendra que le peyotl, cactus d’Amérique du sud, représente le prototype des hallucinogènes américains remplissant la triple fonction religieuse, thérapeutique et initiatique. Aussi est-il à l’origine d’un culte et de cérémonies chamaniques encore actuellement auprès d’une quarantaine de tribus des Etats-Unis et du Canada.

D’après l’expérience indienne huichiole, la mescaline procure un sentiment de bien-être et donne lieu à un jeu kaléidoscopique de visions brillantes et colorées. Mais, pour l’usager, le peyotl représente toujours Dieu sur terre, un messager divin, raison pour laquelle la valeur thérapeutique qu’on lui accorde est liée à son rôle de sacrement religieux. Aussi, certains Indiens soutiennent qu’une bonne utilisation du peyotl rend superflus les autres médicaments, ce qui explique sa grande diffusion aux Etats-Unis.

Au nord-ouest de l’Amérique du Sud, il existe une liane aux propriétés hallucinogènes dont les Indiens pensent qu’elle libère l’âme du corps, celle-ci pouvant alors errer librement sans entrave et regagner son enveloppe charnelle lorsqu’elle en a envie. Cette plante hallucinogène est une vigne du genre Banisteriopsis qui contient deux alcaloïdes proches du LSD, l’harmine et l’harmaline proches aussi de la mescaline. Il existe de nombreuses espèces connues de Banisteriopsis et l’utilisation de cette vigne par les natifs est attestée jusqu’en Amérique Centrale, une des espèce pousse même dans le sud-est des Etats-Unis, mais son emploi n’a pas été signalé dans cette région.

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Banisteriopis

Le nom indien du breuvage préparé à partir de cette liane est yagé ou yajé en Colombie, ayahuasca (en quechua : "vigne des morts") en Equateur et au Pérou et caapi au Brésil. Le breuvage contient souvent plusieurs espèces de vignes Banistériopis ainsi que d’autres espèces hallucinogènes contenant du diméthyltryptamine comme la Psychotria par exemple. La liane de l’âme illustre sa capacité à libérer l’esprit car elle détache l’individu de la soumission au quotidien et l’introduit dans les royaumes merveilleux que les Indiens considèrent comme la seule réalité.

Sous l’influence de cette liane et lors de rites chamaniques, l’homme peut communiquer avec ses ancêtres et incarner l’animal de son totem. La liane de l’âme est certainement un des hallucinogènes dont l’usage est le plus répandu dans le bassin de l’Amazone car elle touche à tous les aspects de la vie de cette région et ce à un niveau rarement atteint.

En effet, tout usager du Yagé, qu’il soit initié ou non, voit les dieux, les premiers êtres humains, les premiers animaux, et saisit à travers cette plante l’origine de son ordre social. Cependant, bien que sacralisé, son usage le plus important reste thérapeutique. Dans les écrits sanskrits et chinois, le Datura Metel est signalé comme hallucinogène sacré. Il est utilisé selon la dose, en médecine traditionnelle, dans le rituel religieux et pour son ivresse récréative.

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Datura Stramonium
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Datura

Ainsi, en Chine, mélangé à du vin et à du cannabis, ce psychotrope servait d’anesthésique pour les petites interventions chirurgicales. De même, durant toute la période sanskrite, la médecine indienne se servit de Datura Metel pour soigner les troubles mentaux, les fièvres, les tumeurs, les maladies de la peau et la diarrhée. Il est même possible qu’en Grèce, les prêtres d’Apollon se soient mis en état de prophétiser à l’aide de cette plante car les espèces de datura sont nombreuses en Europe.

Dans la Grèce antique, de nombreuses drogues sont également présentes :

- l’initiation religieuse se réfère au nectar consommé par les Dieux, l’ambroisie qui leur donnait l’immortalité. Il est très probable que l’Ambroisie soit le nom vernaculaire d’un breuvage à base de plante psycho-actives
- les mystères d’Eleusis, rites initiatiques dont témoignent Sophocle, Platon, Aristote, Marc Aurèle, Cicéron et quelques autres qui lui élevèrent des sanctuaires, sont également accompagnés d’usage de drogues psycho-actives

On sait que les rites d’Eleusis avaient lieu à l’automne, la nuit, et qu’ils proposaient aux participants la consommation du Kykeon, breuvage dont la composition reste toujours secrète (il s’agit probablement de l’ergot de seigle, champignon parasite hallucinogène dont nous parlerons plus loin), tout comme l’expérience qui lui est liée doit demeurer secrète.

Par ailleurs, l’ergot de seigle (Claviceps purpurea), une maladie cryptogamique affectant les grains de cette céréale, pouvait empoisonner des régions entières lorsqu’il était par mégarde moulu avec la farine. Au Moyen-Age, par ignorance et par manque de technique agricole moderne, ces empoisonnements collectifs étaient connus sous le nom de " feu Saint Antoine " ou épidémie de grand mal. En réalité, il s’agissait de véritables hallucinations collectives car le principe actif de l’ergot est en réalité apparenté au LSD. (voir le chap. regard de la science)

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Pavot en fleur
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Capsule de pavot

En plus du vin et des bières, les Grecs connaissaient aussi l’usage ludique et cérémoniel du chanvre ainsi que l’usage thérapeutique de l’Opós Mekonos (qui par contraction deviendra Opium) et qui n’est autre que le " jus de pavot", recommandé par Hippocrate et plus tard par Galien comme remède universel et à qui l’opium doit son nom.

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Champ de coca
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Plants de coca

Dans les Andes, depuis l’époque Inca, les paysans mâchent des feuilles de Coca pour tromper la faim et accroître la résistance au froid et à la fatigue, tout comme nous consommons du café pour les mêmes raisons. Egalement d’origine américaine, les stimulants tels que le Guarana et le Maté qui contiennent de la caféine, ainsi que le Cacao qui contient de la théobromine (nourriture divine), substance proche de la caféine, sont consommés depuis toujours.

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Piper betel et noix d’arec
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Nicotiana Tabacum, Tabac

En Afrique, on consomme la noix de Cola, un stimulant contenant de la caféine et entrant dans la composition d’une boisson universelle bien connue. Mais on trouve aussi le Kat, un arbuste dont on consomme les feuilles stimulantes au Yémen, en Somalie et en Ethiopie, pays d’origine du café. En Asie orientale (de l’Inde à la Chine mais aussi à Java, Sumatra et Bornéo), on chique avec passion le Betel (Piper betle), substance stimulante et apaisante mélangé avec de la noix d’arec, fruit d’un palmier local. L’usage du bétel est attesté depuis plus de deux mille ans et concerne encore aujourd’hui plus d’une centaine de millions de personnes (toutes les classes sociales, hommes, femme et enfants) qui le consomment couramment à l’instar du tabac en Occident.

L’effet générique de ces dernières substances stimulantes est une poussée d’énergie qui permet de manger moins et de travailler plus. A l’inverse des hallucinogènes qui sont des substances sacrées, ces drogues stimulantes ne provoquent pas de transe. Elle sont donc considérées comme substances profanes et traditionnellement consommées par les pauvres par nécessité.

En Europe occidentale, la consommation de boissons fermentées à base de raisins ou de grains (houblon, orge, malt) est inscrite dans deux civilisations européennes : les Romains qui ont introduit la vigne dans les territoires conquis en Europe et les Celtes qui connaissaient l’hydromel et les boissons à base de fruits et de grains fermentés.

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Atropa Belladone

En réalité, les plantes productrices d’alcool sont en nombre illimité, car la fermentation spontanée des fruits et des grains produit naturellement des boissons faiblement alcoolisées. L’Ancien Testament contient d’innombrables références au vin et distingue même par endroits vin et boissons fortes. Il est d’ailleurs impossible d’obéir à la Loi en pratiquant l’abstinence, tant il convient de boire dans toutes les occasions socialement importantes telles que circoncisions, mariages, funérailles. Seul dans le Lévitique il est interdit au prêtre de boire lorsqu’il officie ou rend justice. De même, dans les liturgies islamique et chrétienne on retrouve la présence du vin qui accompagne et ponctue les fêtes et commémorations religieuses...

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Hyoscamus Niger Jusquiame

Le vin encore est à l’origine de chants d’inspiration dionysiaque (Les Carmina Burana et les Catulli Carmina) au 15ème siècle dans les monastères où on exaltait ce breuvage en termes mystiques. Mais c’est aussi l’ivresse du vin qui est recherchée dans le rite archaïque de l’eucharistie comme nous le verrons plus loin.

Ainsi, l’anthropologie et l’ethnologie nous rappellent que la consommation des drogues d’origine naturelle s’est toujours pratiquée et se pratique encore dans des cadres bien précis, le plus souvent en collectivité et sous la direction d’un guide (prêtre, sorcier, médecin, chaman).

Par ailleurs, l’épistémologie nous montre en réalité que ce n’est que récemment dans l’histoire des hommes qu’apparaissent des drogues non naturelles qui sont des substances synthétiques ou semi-synthétiques ou encore des extraits des produits actifs contenus dans les plantes psycho-actives. Ces drogues sont produites par l’industrie chimique à des fins médicales depuis le dix-neuvième siècle et leurs descendants donnent lieu aujourd’hui à des usages massifs à caractère récréatif parfois très risqués ainsi qu’à des abus aux conséquences dramatiques. Or, dans toutes les sociétés humaines, les populations ont utilisé et utilisent encore avec des conduites ritualisées, des substances psycho-actives qui, en agissant sur le système nerveux central, modifient les états de conscience. Leur consommation ne donne lieu, en général, à aucun abus et n’a pas de conséquence sanitaire dommageable. Ces pratiques inscrites dans des civilisations et des cultures traditionnelles ont toujours été d’ordre initiatique, rituel ou médical, conférant ainsi aux drogues une place et une fonction particulières.

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Mandragore